Oncologie : l'Europe excelle en stratups mais peine à s'imposer dans l'innovation de pointe


Pour recevoir une fois par mois, les derniers articles rédigés par les experts Novagraaf, cliquez ici
L'Office européen des brevets (OEB) a publié le mois dernier sa deuxième étude en matière d’innovation dans les technologies anticancéreuses. Selon cette étude, l'Europe est en tête en nombre de startups dédiées à l'oncologie mais recule face aux États-Unis et à la Chine dans les domaines technologiques les plus innovants contre le cancer, notamment en immunothérapie cellulaire, thérapie génique et analyse d’images. Par ailleurs, la recherche publique joue un rôle central dans l’innovation oncologique européenne, la France se distinguant particulièrement avec l’INSERM et le CNRS, classés deuxième et troisième mondialement pour les dépôts de brevets liés au cancer.
L'Europe leader en nombre de startups en oncologie, mais en recul dans les secteurs innovants à forte croissance liés au cancer
Le cancer reste un enjeu majeur en Europe, représentant 25 % des cas mondiaux malgré moins de 10 % de la population globale. À l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, l’OEB a publié le mois dernier sa deuxième étude en matière d’innovation dans les technologies anticancéreuses. Dans son rapport intitulé « New frontiers in oncology : an evolving innovation ecosystem » l’OEB dévoile que des domaines technologiques tels que l’immunothérapie cellulaire, la thérapie génique et l’analyse d’images connaissent une forte croissance en matière d’innovation, avec des augmentations annuelles moyennes de dépôts de demandes de brevets de respectivement 37,5 %, 31 % et 20 % entre 2015 et 2021. Cependant, malgré le fait que l’Europe abrite plus de startups dans le domaine de l’oncologie que les États-Unis (environ 1500 contre 1325 aux U.S.), elle perd du terrain en termes de dépôts de brevets face aux États-Unis et à la Chine, avec une baisse moyenne de 5 % dans les trois domaines les plus dynamiques.
« En référence au rapport de Mario Draghi sur l'avenir de la compétitivité européenne, les conclusions de cette étude constituent un signal d'alarme pour l’écosystème d'innovation en oncologie en Europe », a déclaré le président de l'OEB, António Campinos. « Alors que les technologies de lutte contre le cancer évoluent rapidement et s’engagent vers des recherches inédites, l'Europe doit réagir pour préserver son avantage compétitif en matière d'innovation dans le secteur de la santé et ainsi contribuer à sauver des vies. Les startups européennes en oncologie sont un atout, mais elles ont besoin d'investissements et de soutien pour développer leurs innovations. »
Le rapport « New frontiers in oncology » révèle notamment que parmi les États membres de la Convention sur le Brevet Européen (CBE), le Royaume-Uni mène avec 290 startups en oncologie, suivi par la France (246) et l'Allemagne (208). Malgré un grand nombre de startups européennes dans les phases initiales de développement, l'Europe peine à les accompagner vers des stades avancés, contrairement aux États-Unis où près de 40 % des startups atteignent un stade avancé, contre seulement 24 % dans l'Union Européenne (UE).
L’étude de l’OEB révèle ainsi les difficultés des startups européennes à croître durablement, et souligne la nécessité d'un meilleur financement et soutien aux startups européennes pour préserver leur compétitivité mondiale dans ce secteur stratégique.
La recherche publique, moteur de l’innovation en oncologie
Sur un autre registre, le rapport de l’OEB met en exergue que près de la moitié des demandes de brevets déposées par les pays de l'UE entre 2010 et 2021 dans les technologies anticancéreuses proviennent d'universités, d'organismes de recherche publics ou d'hôpitaux. La France se distingue particulièrement : la part directe des brevets liés au cancer déposés par les institutions de recherche françaises est passée de 56,6 % (2010-2015) à 59,9 % (2016-2021). En incluant les contributions indirectes (demandes de brevets issues des institutions publiques mais déposées par des entreprises), ce chiffre atteint même 67,1 %. L'INSERM et le CNRS, fleurons français de la recherche publique, se classent respectivement en deuxième et troisième position mondiale en matière de dépôts de brevets liés au cancer, avec 1251 et 876 familles de brevets à l’internationale, respectivement. Leurs contributions ont régulièrement augmenté puis se sont stabilisées entre 2019 et 2021.
L’étude de l’OEB souligne ainsi l'importance des universités, centres de recherche publics et hôpitaux dans l'innovation en oncologie en Europe.
Cliquer ici pour accéder au rapport complet: New frontiers in oncology: an evolving innovation ecosystem.
Nadège Lagneau, Conseil en Propriété Industrielle en Brevets, Novagraaf, Suisse.